Open spaces est une exposition qui a eu lieu à l’Abbaye de Beauport à Paimpol, du 16 septembre au 11 novembre 2022.

Open spaces (fontaine 1, l’odeur de la fête foraine), 2022

220 x 220 x 160 cm,

Odeur de la fête foraine (notes de pomme d’amour, barbe à papa, caramel),

Savon (olivate de sodium, eau, glycérine, huile de tournesol),

Structure (plexi, résine époxy, fibre de verre, pompe submersible, eau, tuyaux)

Vue d’exposition, cloître de l’Abbaye de Beauport, Paimpol

Open spaces (fontaine 2, l’odeur de l’accident), 2022

160 x 80 x 80 cm,

Odeur de l’accident (notes d’aldéhydes, encens, clou de girofle, notes propres),

Savon (olivate de sodium, eau, glycérine, huile de tournesol),

Structure (plexi, résine époxy, fibre de verre, pompe submersible, eau, tuyaux)

Vue d’exposition, salle capitulaire de l’Abbaye de Beauport, Paimpol

Open spaces (fontaine 3, l’odeur de boire la tasse), 2022

200 x 250 x 80 cm,

Odeur de boire la tasse (notes aquatiques, aldéhydes, bois électriques, ozone),

Savon (olivate de sodium, eau, glycérine, huile de tournesol),

Structure (plexi, résine époxy, fibre de verre, pompe submersible, eau, tuyaux)

Vue d’exposition, nef de l’Abbaye de Beauport, Paimpol

À ce moment précis de leur histoire – c’est-à-dire, à quelques jours de leur installation dans l’abbaye de Beauport et donc, de leur apparition publique –, et alors que j’écris ces quelques lignes, les sculptures de Lena Brudieux n’existent toujours pas dans leur forme achevée. Non pas que l’artiste ait pris du retard dans son travail pendant l’été ; mais bien parce qu’à l’image de l’essentiel des objets qui garnissent notre quotidien, ces oeuvres-fontaines ont été produites dans différents ateliers, en fonction des métiers nécessaires à leur réalisation. C’est là une des particularités de l’art dans son versant le plus contemporain : il peut parfois prendre l’apparence d’une construction en kit et, pire sacrilège encore, condamner ses effets à quelques semaines à peine d’installation. Mais chaque chose en son temps, et avant d’embrayer sur le devenir tragique de l’oeuvre à l’heure de son autodestruction, remontons le fil de son existence fragile. Comme souvent, une multitude d’intentions sont concentrées dans la réalisation de pièces. Certaines parfaitement conscientes ; d’autres moins. Parmi les volontés initiales clairement exprimées par Lena Brudieux, il y a depuis quelques années celle de modeler des sculptures en savon. Le matériau est souple, facilement transformable, et sa légèreté répond à un certain mode de vie nomade 1. Autre avantage : le corps gras du savon est bien connu pour retenir les parfums (c’est même sans doute le principal argument commercial avancé à son sujet) et en diffuser leur fragrance, de manière plus ou moins délicate, lorsqu’il est humidifié. Ce point particulier correspond à un autre désir : celui de créer des sculptures qui s’appréhendent non seulement « plastiquement », mais qui plus est olfactivement. Comme d’autres artistes de la jeune génération 2, ce champ élargi de l’oeuvre d’art permet d’en faire l’expérience intérieure et ainsi de mettre en partage un accès autre à ce qu’elle recèle – cependant moins déterminé par un propos que par une dimension sensible, réminiscente. En optant pour un dispositif empruntant non seulement la forme, mais le fonctionnement d’une fontaine, l’odeur imaginée pour chaque pièce peut ainsi se propager en continu dans les espaces ouverts de l’abbaye. Les sculptures conçues par Lena Brudieux répondent à un double objectif consistant d’une part à s’intégrer physiquement à un environnement grandiose 3 et d’autre part à télescoper, à cet endroit même, un ensemble d’impressions qui lui sont forcément étrangères. Au fil du parc